Recherches – R15 – Tamat

Résidence au Tamat en 2015

Atelier de tapisserie/R15

« L’aiguille qui guérit.
Caroline Faïnke l’annonce d’emblée : son travail parle de l’envers et de l’endroit. Elle explore ces notions intimement liées au textile, à l’apparence. Elle appréhende leurs multiples perspectives matérielles et immatérielles. Ainsi, il y a certainement trois lectures à faire de l’envers et de l’endroit dans l’art de Caroline Faïnke : une lecture technique, existentielle et politique, s’alimentant mutuellement.

La lecture technique.
Lors de sa résidence à Tournai, l’artiste s’intéresse à l’aiguilletage. Cela consiste à faire pénétrer des fibres dans d’autres au moyen d’une aiguille crantée que l’on passe sans relâche au travers de deux matières. Ici se joue une première rencontre de contraires : l’artiste sélectionne des tissus de qualité, d’origine et de symbolique opposées comme le Jacquard et le Sisal, et c’est par son geste réitéré qu’elle les hybride, qu’elle les rééquilibre. Un peu comme s’il s’agissait d’une acupuncture apposée sur un vaste corps multiculturel, cherchant à établir son unité dans la diversité, voire la contradiction. Ou d’une réminiscence d’un rituel ancien de guérison lors duquel on usait d’aiguilles pour pondérer des forces invisibles.

La lecture existentielle.
La pratique de la couture est constamment liée aux coulisses. Théâtre, mode, cinéma : nous sommes dans une activité de mains anonymes oeuvrant pour mettre d’autres en lumière. Dans son parcours professionnel varié, l’artiste a fait l’expérience concrète de cette ambivalence, ce qui a justifié d’autant plus qu’elle s’y intéresse sur un plan poétique. Ce qui est visible est soutenu par ce qui est caché. Un motif brodé tient sur l’avers grâce aux fils enchevêtrés de son revers. La valeur est liée à ce qui est déconsidéré. Chaos et ordre sont les deux faces d’une même médaille.

La lecture politique.
En habitante du Tout-monde d’Edouard Glissant, Caroline Faïnke évoque les confrontations stimulantes mais aussi violentes dont nous sommes les témoins aujourd’hui. Confrontations sociales: apparaissent dans ses œuvres des portraits de travailleurs de l’ombre, garants secrets de la société. Confrontations technologiques: voilà des créations où la tradition se mêle à la modernité, où la main dialogue avec la machine. Confrontations écologiques enfin: des pièces de Caroline Faïnke intègrent des matériaux de récupération. Elles font écho aux initiatives qui tâchent d’inscrire la production de l’homme dans un cycle continu où matières et gestes seraient subtilement combinés. »


Yoann Van Parys